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Quantique et valorisation des actifs intellectuels

par 1 Avr 2025IP/Data, Numérique

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L’informatique quantique est aujourd’hui un secteur en pleine expansion, marquĂ© par une augmentation spectaculaire des demandes de brevets (augmentation de 2000 % en dix ans, donnĂ©es INPI) et une intensification de la concurrence Ă  l’Ă©chelle mondiale.

Cette croissance passe inévitablement par une gestion et une valorisation des actifs de propriété intellectuelle dans le domaine.

 

Quelle protection pour les actifs de propriĂ©tĂ© intellectuelle en matiĂšre d’informatique quantique ?

 

Les actifs de propriĂ©tĂ© intellectuelle, qui peuvent ĂȘtre dĂ©finis comme les rĂ©sultats, services, ou produits gĂ©nĂ©rĂ©s par toute activitĂ© de recherche et de dĂ©veloppement, comprennent un large Ă©ventail d’élĂ©ments ayant une valeur Ă©conomique ou stratĂ©gique.

Ces actifs incluent notamment des brevets, des marques, des droits d’auteur, des donnĂ©es, du savoir-faire 
 En rĂ©alitĂ©, seulement certains d’entre eux sont Ă©ligibles Ă  une protection par le droit de la propriĂ©tĂ© intellectuelle, il sera donc nĂ©cessaire d’établir une stratĂ©gie de protection pour ceux ne l’étant pas, en ce qu’ils constituent une valeur commerciale.

En matiĂšre d’informatique quantique, les logiciels jouent un rĂŽle essentiel, et leur protection est nĂ©cessaire.

 

Protection par le droit d’auteur

 

LĂ©galement, le Code de la propriĂ©tĂ© intellectuelle prĂ©voit une protection par le droit d’auteur des logiciels en tant qu’Ɠuvres de l’esprit. Pour bĂ©nĂ©ficier de cette protection, le logiciel doit prĂ©senter un caractĂšre d’originalitĂ©. La jurisprudence considĂšre que le crĂ©ateur d’un logiciel doit avoir fait preuve d’un effort personnalisĂ© allant au-delĂ  de la simple mise en Ɠuvre d’une logique automatique et contraignante, et que la matĂ©rialisation de cet effort doit rĂ©sider dans une structure individualisĂ©e. ConcrĂštement, il conviendra de dĂ©montrer que les choix opĂ©rĂ©s tĂ©moignent d’un apport intellectuel propre et d’un effort personnalisĂ© de l’élaborateur du logiciel.

Cependant, seuls certains composants du logiciel peuvent bénéficier de cette protection : lignes de programmation, codes, et matériel de conception préparatoire.

 

Protection par le brevet

 

Contrairement aux idĂ©es reçues, les logiciels peuvent Ă©galement ĂȘtre brevetĂ©s. Dans les 38 Etats membres de la Convention europĂ©enne sur le brevet, il est admis que les inventions logicielles sont brevetables dans la mesure oĂč elles sont prĂ©sentĂ©es comme une solution technique Ă  un problĂšme technique.

En pratique, l’Office EuropĂ©en des Brevet (OEB) utilise la mĂ©thode dite « COMVIK » pour contrĂŽler la brevetabilitĂ© d’un logiciel :

  1. L’invention doit avoir un caractĂšre technique : tout Ă©lĂ©ment matĂ©riel induit un caractĂšre technique (ordinateur, processeur, Ă©metteur, 
) ;
  2. L’invention ne doit pas avoir d’antĂ©rioritĂ© dans l’état de la technique : condition de nouveauté ;
  3. L’invention doit contribuer à une solution technique d’un problùme technique.

Le brevet est une solution idĂ©ale pour protĂ©ger les innovations devant ĂȘtre publiĂ©es ou utilisĂ©es dans des collaborations ouvertes, notamment dans le cadre de partenariat acadĂ©mique, ce qui est courant dans le domaine des technologies quantiques. Le titulaire du brevet dĂ©tient ainsi sur son invention un monopole d’exploitation pouvant durer jusqu’à 20 ans.

La qualitĂ© des revendications du brevet est essentielle pour renforcer le pouvoir de nĂ©gociation sur le marchĂ© et pour bloquer les produits de substitution ou les nouveaux entrants. Pour qu’une protection par le brevet soit qualitative, il faut prendre en compte plusieurs Ă©lĂ©ments, notamment :

  • Le brevet est rĂ©digĂ© de maniĂšre claire et comprĂ©hensive : divulgation dĂ©taillĂ©e, preuve que les effets techniques revendiquĂ©s sont plausibles
  • Les avantages significatifs et/ou les bĂ©nĂ©fices de coĂ»ts de l’invention par rapport aux solutions concurrentes ;
  • L’invention cible un marchĂ© suffisamment large, afin notamment de rĂ©cupĂ©rer des royalties de licence ;
  • L’invention fonctionne dans un environnement rĂ©el et scalable ;
  • Il doit ĂȘtre difficile de contourner ou de remplacer l’invention par de nouvelles technologies sans un effort de R&D significatif.

 

Protection par le secret des affaires

 

Concernant les actifs non brevetables, il peut ĂȘtre opportun de les protĂ©ger par le secret des affaires. Cette notion juridique dĂ©signe l’ensemble des informations confidentielles, stratĂ©giques et sensibles d’une entreprise. Cette protection repose donc sur le secret en interne, et doit ĂȘtre mise en Ɠuvre par des moyens de sĂ©curitĂ© interne.

Dans certaines situations, il peut ĂȘtre judicieux d’opter pour ce type de protection y compris pour les logiciels potentiellement brevetables. En effet, si l’invention peut ĂȘtre maintenue confidentielle, comme c’est le cas d’outils internes non partagĂ©s, le secret des affaires permettra de  protĂ©ger les informations sensibles sans limite de temps, tant que le secret est gardĂ©.

Parfois, une protection hybride peut Ă©galement ĂȘtre efficace, il faut clairement identifier ses objectifs Ă  long terme et le degrĂ© de divulgation acceptable pour dĂ©finir sa stratĂ©gie de protection.

 

Quelle stratégie adopter pour la valorisation des actifs de propriété intellectuelle ?

 

Une stratégie à adapter en fonction de ses besoins

 

Une stratégie de propriété intellectuelle efficace permettra de maximiser la valeur des actifs intellectuels et de les aligner avec les objectifs commerciaux. Cinq étapes essentielles sont à respecter pour établir sa stratégie de propriété intellectuelle :

  1. Faire l’inventaire de ses actifs (protĂ©geables ou non) et les catĂ©goriser en fonction de leur valeur stratĂ©gique et de leur potentiel commercial.
  2. S’aligner avec sa stratĂ©gie commerciale : s’assurer que les investissements en propriĂ©tĂ© intellectuelle soutiennent les efforts de recherche, de dĂ©veloppement, et de mise sur le marchĂ©.
  3. ProtĂ©ger les actifs : par les brevets, les secrets commerciaux, les marques, le droit d’auteur, 

  4. Analyser rĂ©guliĂšrement le paysage de la propriĂ©tĂ© intellectuelle : activitĂ© des concurrents, tendances de l’industrie.
  5. MonĂ©tiser et valoriser : identifier les opportunitĂ©s de licence, intĂ©grer les actifs de PI dans les Ă©valuations financiĂšres et les discussions avec les investisseurs.Il est Ă©galement important de prĂ©voir dans sa stratĂ©gie une enveloppe pour la gestion des risques, et notamment anticiper les coĂ»ts liĂ©s Ă  la protection et Ă  l’enregistrement de ses droits.

En pratique, ces stratĂ©gies peuvent Ă©voluer en fonction du type d’entreprise et de son stade de dĂ©veloppement, de ses besoins, et de ses prioritĂ©s: 

Start-ups

En gĂ©nĂ©ral, il y a un manque de ressources internes pour gĂ©rer les droits de propriĂ©tĂ© intellectuelle. Il est donc crucial d’établir dĂšs le dĂ©part une stratĂ©gie en matiĂšre des droits de propriĂ©tĂ© intellectuelle afin d’attirer de nouveaux investisseurs et de protĂ©ger ses innovations.

En prioritĂ©, il faut acquĂ©rir les brevets stratĂ©giques, gĂ©rer les secrets d’affaire, et mettre en place des collaborations opportunes.

Scale-ups

Ces entreprises sont en pleine croissance, elles ont donc besoin d’un cadre de gestion des droits de propriĂ©tĂ© intellectuelle plus structurĂ©. La gestion des droits est un levier pour assurer la libertĂ© d’exploitation et renforcer la compĂ©titivitĂ©.

Evaluation des portefeuilles de brevet, identification de nouveaux marchés, utilisation des droits de propriété intellectuelle comme outil de négociation.

Grandes entreprises

En gĂ©nĂ©ral, ces entreprises ont des services dĂ©diĂ©s Ă  la gestion des droits de propriĂ©tĂ© intellectuelle, et elles adoptent des stratĂ©gies globales afin d’influencer le marchĂ©.

Monétisation des brevets (licences, partenariat), utilisation des droits de propriété intellectuelle pour protéger les positions stratégiques.

Par ailleurs, si les actifs de propriĂ©tĂ© intellectuelle confĂšrent avant tout un monopole d’exploitation, ils peuvent aussi ĂȘtre utilisĂ©s dans le processus de financement d’une entreprise.

Ce procĂ©dĂ© peut se rĂ©vĂ©ler particuliĂšrement utile pour les PME et les start-ups, qui peuvent les utiliser en tant que garantie. Effectivement, les organismes de crĂ©dit exigent en gĂ©nĂ©ral un nantissement des actifs de l’emprunteur lors de l’octroi d’un prĂȘt. S’il est couramment admis que des actifs corporels (Ă©quipements, ou biens immobiliers) soient affectĂ©s en garantie, il est de plus en plus courant que les actifs de propriĂ©tĂ© intellectuelle, tels que les brevets ou les droits d’auteur soient utilisĂ©s pour obtenir des emprunts.

Dans une telle hypothĂšse, il reste important de s’assurer des modalitĂ©s d’utilisation de l’actif nanti, notamment de la possibilitĂ© pour le titulaire de concĂ©der des licences dessus.

Plus spĂ©cifiquement, il est Ă©galement possible de procĂ©der Ă  une titrisation des actifs de droits de propriĂ©tĂ© intellectuelle sur les marchĂ©s financiers. Il s’agit d’un mode de financement alternatif efficace pour les entreprises. Les PME et les start-ups n’ayant pas toujours la taille nĂ©cessaire pour rĂ©aliser une titrisation, il est possible pour elles de regrouper leurs actifs au sein d’un Special Purpose Vehicle (SPV). A titre d’exemple, en Chine, onze sociĂ©tĂ©s de haute technologie se sont associĂ©es afin de nantir une partie de leur brevet pour un montant de 39 millions d’euros.

Par ce mĂ©canisme, le titulaire initial des actifs de propriĂ©tĂ© intellectuelle devient le licenciĂ© exclusif d’exploitation de ces actifs, et il reversera des royalties en vue de financer les investisseurs. A l’issu d’un certain dĂ©lai permettant le remboursement de la somme accordĂ©e, l’entreprise dĂ©tentrice initiale des droits de propriĂ©tĂ© intellectuelle retrouve la titularitĂ© de ses droits.

La négociation de licence, aout de valorisation des actifs

Dans une logique de valorisation des actifs de propriété intellectuelle, la négociation de licences est un élément central de la commercialisation des droits de propriété intellectuelle. Cette négociation passe par la prise en compte des objectifs de chaque partie : alors que le titulaire des droits va vouloir maximiser ses revenus ou obtenir un avantage stratégique, le licencié recherche un accÚs à la technologie à des conditions favorables. La licence devra prévoir plusieurs points :

  • Termes clĂ©s : portĂ©e de la licence, droits d’utilisation, redevances et modalitĂ©s de paiement.
  • Gestion des risques : clauses relatives Ă  la durĂ©e, Ă  la rĂ©siliation, aux garanties, Ă  la gestion des potentiels litiges.

Une préparation minutieuse, renforcée par une analyse juridique et commerciale est essentielle pour sécuriser ces accords.

La gestion des brevets

AprĂšs dĂ©livrance du brevet, la gestion des litiges liĂ©s joue un dans la stratĂ©gie de valorisation. En effet, ces procĂ©dures permettent de dĂ©fendre les droits des titulaires face Ă  d’éventuelles violation, mais elles permettent Ă©galement aux tiers de contester lesdits droits. Il est possible de s’opposer Ă  un brevet par voie d’opposition, devant les offices, ou par voie de contrefaçon, devant les tribunaux.

Ces procĂ©dures sont couteuses, et il est nĂ©cessaire de les anticiper dans sa stratĂ©gie de valorisation. En ce sens, l’adoption d’une stratĂ©gie prĂ©ventive, telle que la surveillance active des brevets concurrents, peut-ĂȘtre efficace.

Brevets essentiels et standards

Dans les domaines Ă©mergeants, tels que les technologies quantiques, il peut ĂȘtre opportun de dĂ©velopper des brevets dits essentiels (SEP, Standard Essential Patents), qui permettent de protĂ©ger les technologies indispensables aux standards industriels. Les entreprises qui possĂšdent ces brevets doivent laisser l’opportunitĂ© Ă  d’autres de les utiliser. Cela permet de rendre accessibles les innovations sans bloquer le marchĂ©.

Participer à ces standards permet aux entreprises de promouvoir leurs technologies comme des références pour une industrie donnée, en augmentant la visibilité et la valeur des brevets.

Conclusion

Les technologies quantiques offrent un potentiel économique et sociétal immense. Cependant, pour maximiser leur impact, les acteurs doivent bùtir des stratégies de PI robustes et adaptées, en intégrant collaboration et compétitivité dans leurs approches.

Article écrit par Camille FABE

ElĂšve avocate stagiaire

 

Pour tout accompagnement concernant la valorisation des actifs de propriĂ©tĂ© intellectuelle dans le cadre d’un projet quantique, contactez nous. Nous sommes lĂ  pour vous accompagner et vous conseiller dans vos dĂ©marches. 

Halt Avocats

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